mercredi, 14 juin 2017 05:50

Les PC hybrides réconcilient le pro et le perso

Écrit par  Christophe Dutheil
Les PC hybrides réconcilient le pro et le perso © DR

POINT MARCHÉ - À l’opposé du marché des PC et des tablettes, en déclin depuis plusieurs trimestres, les hybrides, également appelés PC 2-en-1, marquent actuellement des points sur le marché pro. Notamment pour faciliter l’utilisation des logiciels d’entreprise lors des déplacements et à la maison.

En 2012, le cabinet Gartner estimait que le BYOD (pour « Bring Your Own Device », en anglais) allait probablement constituer l’un des bouleversements les plus importants en entreprise depuis l’avènement des PC de bureau. Il n’était pas le seul. De nombreux analystes et constructeurs affirmaient à cette époque que les terminaux personnels allaient certainement finir par nous accompagner dans la plupart de nos activités professionnelles. Quitte à venir un jour totalement remplacer les bons vieux ordinateurs fixes et portables mis à disposition gracieusement par les employeurs...

Quatre ans plus tard, la conjoncture est certes morose pour les fabricants d’ordinateurs et de tablettes, avec un nouveau recul de 9,6% des ventes mondiales au premier trimestre 2016, selon Gartner, et une baisse de 10% des livraisons de tablettes sur toute l’année 2015, d’après IDC. Mais nul ne semble y voir la conséquence d’un effet de substitution des terminaux pros par leurs cousins «grand public». Les explications avancées tiennent plutôt à la lenteur du renouvellement des parcs d’ordinateurs fixes et portables dans les entreprises, et à la priorité accrue accordée par les particuliers aux smartphones, notamment dans les pays émergents.

LES OFFRES SE MULTIPLIENT

Pour les fabricants, le segment à la plus forte croissance est celui des modèles hybrides, convoité par la plupart d’entre eux. Acer, Asus, Dell, HP, Lenovo, Samsung ou Microsoft (avec le Surface Book...) se sont, entre autres, déjà lancés dans la course... Et ils entendent bien livrer une concurrence acharnée à Apple, qui a lui fait le chemin inverse en dévoilant, fin 2015, une tablette grand format (l’iPad Pro) susceptible d’être associée (en option) à un clavier et à un stylet.

Les débuts sont modestes mais prometteurs. Selon IDC, les ventes de PC 2-en-1 et tablettes ne pesaient l’an dernier « que » 5% du marché global des terminaux (PC, tablettes ou smartphones) en Europe de l’Ouest. Mais ce pourcentage devrait grimper à 20% d’ici 2020, sous l’effet notamment d’une démocratisation du système d’exploitation Windows 10, qui tire pleinement profit des interfaces tactiles et de la mise à disposition de processeurs plus puissants sur les modèles pros (Intel Core i5 à Core i7).

Plusieurs raisons à cet engouement. La première réside dans l’arrivée à maturité des technologies tactiles, sur lesquelles les constructeurs planchent depuis très longtemps, pour permettre aux utilisateurs d’interagir avec leurs écrans. Lorsqu’on l’interroge sur le sujet, Hind Nefari, responsable développement « postes clients » chez Fujitsu France, rappelle que son entreprise a été l’une des premières à mettre sur le marché un « tablet PC » sous Windows (le Stylistic 1000), doté d’un écran capacitif utilisable avec un stylet, dès 1996. Même son de cloche chez HP Inc France, où Philippe Chaventré, directeur de la catégorie systèmes personnels, évoque pour sa part le HP Compaq TC1000 présenté dès 2002 : il était (déjà) équipé d’un clavier détachable et d’un stylet...

LE CONFORT D’UNE TABLETTE SANS SES LIMITES

Aujourd’hui, ces 2-en-1 pallient l’une des principales limites que pose l’utilisation des tablettes tactiles en entreprise, selon ce même spécialiste : « Elles sont souvent utilisées comme un outil – ayant une fonction bien définie, par exemple faire des relevés de prix dans les rayons, consulter une documentation technique... – mais sont assez difficiles à sécuriser et restent très peu liées aux autres terminaux ».

Les hybrides offrent un autre avantage aux entreprises qui souhaitent investir dans un renouvellement de leurs terminaux, estime Philippe Chaventré : « Ils permettent aux salariés de se familiariser avec le tactile, par exemple pour naviguer sur le web ou pour décrocher des appels Skype. Mais s’ils n’utilisent pas ces nouvelles interfaces, ils retrouvent toutes les fonctionnalités des PC portables classiques».

Pour Hind Nefari, Windows 10, dernière version en date du système d’exploitation de Microsoft, a aussi contribué à booster le phénomène du 2-en-1 (la gamme Stylistic de Fujitsu comprend à ce jour 7 modèles). Et ce, pour plusieurs raisons. « L’OS est entièrement optimisé pour le tactile, précise-t-elle. Il est aussi possible de créer des applications qui peuvent être utilisées sur tous les terminaux, tactiles ou pas, ce qui a ouvert toutes sortes de possibilités pour les pros ». Les applications qu’ils utilisent au quotidien devraient, in fine, être optimisées pour pouvoir être utilisées grâce aux seuls écrans tactiles des deux-en-un...

Tous les PC portables seront-ils un jour des hybrides ? C’est peu probable. «La très grande majorité des clients professionnels demandent des écrans d’une taille supérieure à 14 pouces (les modèles de 14 pouces et plus représentent plus de 80% de nos ventes sur le marché pro), indique Philippe Chaventré. Or il est difficile de manipuler une tablette de 14 ou 15 pouces, principalement pour des questions de poids et d’ergonomie... » La plupart des modèles deux-en-un existants – HP Elite X2, Stylistic R726 ou Microsoft Surface Pro 4... restent ainsi pour l’instant des modèles de 10 à 13 pouces.

Dans la sphère pro, où les ordinateurs portables sont toujours bien plus utilisés pour produire des données que pour les consulter, il est peu probable que l’on assiste à un élargissement de la taille de ces écrans. « L’ergonomie et le confort d’utilisation priment toujours sur les fonctionnalités mobiles des terminaux », conclut Philippe Chaventré. Il n’y a pas de raison pour que les hybrides fassent exception.

Écrit par Christophe Dutheil

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