vendredi, 09 juin 2017 04:01

Les objets connectés optimisent le transport et la logistique

Écrit par  Christophe Dutheil
Les objets connectés optimisent le transport et la logistique © DR

POINT MARCHÉ - Les transporteurs et les logisticiens sont à la pointe de l’innovation dans les objets connectés et le suivi en temps réel des opérations... Tour d’horizon des développements en cours.

S'il est un secteur d’activité où la transformation numérique est à l’œuvre, c’est bien celui du transport et de la logistique. « Pour les transporteurs, les innovations technologiques – dans la robotique, l’Internet des objets ou l’intelligence artificielle – entraînent une mutation rapide des activités et des modèles économiques », relève Emmanuel Gadenne, directeur conseil de Sopra Steria Consulting, branche conseil du groupe Sopra Steria.

Entre autres exemples, la SNCF multiplie les expérimentations autour des objets connectés via son nouveau centre d’expertise dédié (la Fab IoT, pour « Internet of Things »). Pour la maintenance prédictive, le groupe déploie désormais des capteurs de surveillance d’Intensens afin de collecter en temps réel des données sur l’utilisation des équipements (rails, caténaires...), leurs vibrations ou leurs températures... Et dans certaines gares franciliennes, SNCF Gares & Connexions recrute des robots de nettoyage autonomes (le Swingobot 1650 de Taski Intellibot) et des chariots intelligents (Effidence) facilitant le transport des bagages en gare par les agents qui accompagnent les personnes à mobilité réduite...

RESTER CONNECTÉ AUX SI

Le but de ces nouvelles technologies est toujours de fluidifier les opérations. « À l’avenir, les capteurs des sièges connectés – déjà à l’étude dans certains trains – devraient offrir en temps réel de meilleures indications sur le nombre de voyageurs dans chaque rame ou l’utilisation des places réservées », pronostique Emmanuel Gadenne. « On peut ainsi imaginer d’ajuster automatiquement la climatisation en fonction de la densité de passagers dans un wagon, ou bien de mieux orienter les contrôleurs en fonction des priorités... »

Dans la même veine, le groupe Keolis, spécialiste du transport public de voyageurs, fournit des lunettes virtuelles aux agents de maintenance de son réseau ferroviaire de Boston, aux États-Unis. Avec ces lunettes de réalité augmentée (fabriquées par Epson, Google, ODG ou Vuzix), « l’idée est de projeter les yeux d’experts sur le terrain... sans déplacements chronophages », précise l’exploitant de ce réseau de transports. La solution associée, développée par l’entreprise bretonne AMA XpertEye pour les smartphones Android, se connecte en 3G, 4G ou WiFi afin de transmettre de la vidéo, des images ou des messages écrits. L’agent sur le terrain peut en conséquence se montrer très précis sur son diagnostic et « échanger en temps réel avec un expert resté à son bureau, face à son ordinateur ».

Mais que se passe-t-il lorsque les équipements utilisés se retrouvent en dehors des zones de couverture « classiques » (WiFi, 2G, 3G ou 4G...) ?

COUVRIR LES ZONES TRÈS ISOLÉES

De nombreuses innovations visent à réduire à la portion congrue les risques de perte de signal... C’est le cas des petits boîtiers TRAX-BOX, inventés par la jeune pousse marseillaise Traxens pour le suivi des containers et soutenus par plusieurs armateurs majeurs, dont CMA CGM et MSC. Leur originalité se situe aussi bien dans leurs capacités de communication que dans leurs fonctionnalités réduisant au maximum la consommation d’énergie. « Le boîtier doit être communicant, mais il est impératif qu’il ne consomme que très peu d’énergie », résume Tim Baker, directeur marketing et communication de Traxens. « À défaut, le renouvellement des batteries, après chaque voyage, pourrait s’avérer très contraignant et coûteux pour les armateurs... »

Côté réseaux, la nouveauté réside dans le déploiement d’un nouveau type de réseau maillé, baptisé TRAX-NET et breveté par Traxens, sur chaque navire transportant des containers. Concrètement, la solution repère à intervalles réguliers le boîtier le mieux positionné pour capter les signaux satellite ou GSM disponibles et le désigne comme celui chargé de collecter et de transmettre les données associées à tous les containers. Cela permet de réduire drastiquement la consommation d’énergie des boîtiers non sollicités.

Autre avantage : dans des bâtiments où l’humidité et les surfaces métalliques compliquent les connexions, les boîtiers des containers les plus isolés (en fond de cale...) restent toujours accessibles : « Les données vont faire des sauts de puce d’un container à l’autre jusqu’à rejoindre celui qui est le plus proche du ciel et enverra les informations vers notre plateforme TRAX-HUB », indique Tim Baker.

SÉCURISER LES ÉQUIPEMENTS

« L’alimentation est le principal point d’achoppement lorsque l’on propose ce type d’objets mobiles », ajoute de son côté Laura Guillaume, responsable commercial B-to-B du Groupe Traqueur, spécialiste des solutions de télématique (gestion de flotte, suivi de trajets...) et des anti-vols pour les équipements régulièrement déplacés. Son entreprise vient par exemple de déployer des solutions télématiques sur les engins de chantiers d’Accès Industrie, un spécialiste de la location d’engins de levage. Ces solutions, qui utilisent notamment le réseau cellulaire IoT Sigfox, permettent de géolocaliser les équipements lors de leur transports et d’automatiser les remontées d’informations utiles pour la maintenance lorsqu’ils sont à bon port. Elles offrent aussi la possibilité de sécuriser ces équipements pour qu’ils ne soient utilisés que par le bénéficiaire du contrat : un digicode lui permet de déverrouiller l’engin à chaque utilisation.

FACILITER LES USAGES SUR DES TERMINAUX « CLASSIQUES »

Dans l’industrie ou la logistique, des sociétés comme Ascom France, filiale du suédois Ascom Wireless Solutions, spécialiste des solutions de communication en situations critiques, « travaillent depuis déjà longtemps sur des dispositifs mobiles destinés à la protection du travailleur isolé (PTI) et des dispositifs d’alarme du travailleur isolé (DATI) », rappelle Cyril Dufresne, directeur solutions chez Ascom France. La nouveauté tient aujourd’hui à la diversité des terminaux et des objets connectés susceptibles de les accompagner dans leurs déplacements : Ascom s’est doté d’une gamme de téléphones sans fil DECT (Ascom d43, d63...) et d’un smartphone Android (Myco) spécifiquement destinés aux personnels de santé et équipes d’urgences appelés à intervenir dans des endroits isolés.

Pour les transporteurs et livreurs, Danem, spécialiste français des solutions de mobilité pour les personnels itinérants, connu pour ses solutions Distributor ciblant les transporteurs de colis, vient pour sa part de lancer un nouveau service en ligne dénommé Bunddl. Comparé à son aîné, il devrait pouvoir être utilisé par une cible beaucoup plus large de « livreurs » (compter un coût mensuel de l’ordre de 30 euros par livreur). Le principe est assez simple, si l’on en croit Michel Sasportas, fondateur de Danem : « Chaque employé télécharge une fois l’application sur son smartphone Android, puis il enregistre en temps réel chacune de ses opérations – enlèvement ou livraison d’un colis... Lorsqu’il se trouve en zone isolée, l’application reste utilisable en mode déconnecté. Mais dès lors qu’il rejoint un endroit couvert par les réseaux de communication, elle se connecte et les données sont automatiquement remontées vers la plateforme en ligne du constructeur ».

Ce n’est sans doute qu’un début. Récemment, la société de services Transpolis, qui planche sur l’un des premiers projets de ville entièrement connectée, s’est rapprochée d’Objenious, filiale IoT de Bouygues Telecom, afin de tester l’utilisation qu’elle pourrait faire des capteurs et objets connectés pour faire communiquer en temps réel les véhicules qui rouleront sur les routes de demain... Affaire à suivre.

Écrit par Christophe Dutheil

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