vendredi, 03 juillet 2015 11:14

Innov8, un groupe 2.0 aux ambitions internationales

Écrit par  Ariel Gomez et Thomas Pagbe
Stéphane Bohbot, président d'Innov8 Stéphane Bohbot, président d'Innov8

INTERVIEW. Défini, par Stéphane Bohbot, le président du groupe, comme un "distributeur de nouvelle génération", Innov8 a considérablement renforcé, grâce à l’acquisition récente d’Ascendeo, son écosystème de produits liés aux smartphones. Sur le front des objets connectés, le groupe entend jouer les entremetteurs entre créateurs et distributeurs.

 

Comment se passe l’intégration d’Ascendeo dans Innov8 ? Reste-elle une unité d’affaires à part ou les équipes sont-elles intégrées dans la maison-mère ?

L’ambition du groupe Innov8 est d’être le distributeur 2.0 autour des produits connectés, cela inclut les smartphones et les accessoires. Nous voulons accompagner chacun de nos clients B2B autour de l’écosystème des smartphones. Dans ce cadre-là, l'accessoire est une partie extrêmement importante. Elle nous donne la possibilité de disposer d’une offre complète autour des smartphones. C’est en cela que l’intégration d’Ascendeo est stratégique pour nous, car en tant que spécialiste européen de la conception et la distribution de ces produits, nous avons une position très forte sur le marché français, mais également une position de n°1 sur les marchés espagnols et portugais, avec Ascendeo Iberia. Nous avons d’ores et déjà un très grand nombre d’accords de distribution dans un très grand nombre de pays en Europe.

L’objectif est d’avoir une offre globale et de porter cette offre globale auprès de l’ensemble de nos clients. Extenso était parfaitement positionné sur le marché des smarpthones, des objets connectés et des accessoires. L’arrivée d’Ascendeo renforce considérablement l’offre d’Extenso sur l'accessoire. Il s’agit de faire travailler en bonne intelligence ces activités et de développer au maximum les synergies dans le groupe.

 

L’organigramme va-t-il être modifié ?

Les fondateurs d’Ascendeo restent impliqués dans le groupe avec des fonctions globales. Aujourd’hui, nous avons une équipe de management très complète, composée de managers et d’entrepreneurs de talent. Serge Simon est directeur général d’Innov8. Daniel Saada est en charge de l’ensemble des activités vente du groupe. Nicolas Ceccaldi va diriger l’ensemble du pôle produits et sourcing, avec une bonne partie de son temps passé Asie ; Françoise Grand, assure la direction financière du groupe. Philippe Lang gère la partie développement international et supply chain. Patrick Bohbot, mon frère, s’occupe de toute la partie digitale et IT pour le groupe. ManuelHassig garde la direction d’Ascendeo Iberia et Gregory Coillot dirige Lick.

 

Certaines marques sont-elles appelées à disparaître ?

Toutes les marques vont rester. Entre Extenso et Ascendeo, il y avait surtout des complémentarités de produits. Nous avons également des gammes en propre comme Muvit, une marque vendue dans un très grand nombre de pays dans le monde. Elle permet de répondre à la demande du marché et de couvrir l’ensemble des segments de la protection, des produits audio et de tout ce qui est connectique. Ensuite, nous allons travailler avec un marque comme myway qui va apporter des produits plus éphémères, plus liés à la mode dans l’accessoire. Nous travaillerons également avec la marque Unplug, plus technique, qui dispose d’une offre centré sur l’énergie et les produits connectés. L’intérêt du rapprochement avec Ascendeo est de disposer de la plus grande gamme de produits connectés. Aujourd’hui, nous avons près de 15 marques de constructeur de mobiles, plus de 90 marques accessoires, une quarantaines de marques de produits connectés.

 

Comment évolue Extenso Telecom ?

Extenso reste le premier acteur français sur la distribution de smartphones et d’objets connectés. Nous avons un portefeuille de marques de premier plan. Nous travaillons avec l’ensemble des grands acteurs, y compris Apple. HTC nous a rejoint récemment. Nous nous développons fortement sur le marché. Sur la partie des objets connectés, nous avons de nombreuses marques qui arrivent. Plus récemment, nous avons présenté Polaroid, qui lance une marque de drones que nous allons distribuer prochainement. C’est un marché qui croît très significativement dans nos activités. Entre 2014 et 2015, les objets connectés ont connu une forte croissance. C’est un marché qui fait plus que doubler chez nous.

 

Y-a-t-il des produits dont vous avez stoppé la distribution ?

Quand un produit ne fait pas ses preuves dans nos Demo Days, nous ne démarrons pas forcément sa commercialisation. Nous avons un panel de présélection des produits dans lequel nous impliquons le consommateur via une plate-forme qui s’appelle Lick for life où les consommateurs votent pour les produits qu’ils aimeraient découvrir en point de vente. En fonction des retours de ces deux canaux, nous décidons de commercialiser le produit ou pas. A travers Lick, nous validons l’appétence sur certains produits avant de le proposer à l’ensemble de nos clients. Cela nous permet de tester. Certain produits ne trouvent pas leur marché. D’autres parviennent à avoir une attractivité très forte dès le début. Je pense au premier test que nous avons réalisé autour de la réalité augmentée chez Lick. Nous ouvrons ces produits à l’ensemble des canaux de distribution à la fin de l’année. Les cardboard et les casques de réalité virtuelle entrent dans cette catégorie de produits au succès rapide. Les balances Unplug connaissent aussi un bon succès sur la partie connectée. Nous essayons aussi de comprendre comment on vend ces produits en termes de merchandising. Fin 2014, nous avions annoncé un partenariat avec le groupe PHR (un groupement de pharmaciens). Nous avons ouvert depuis près de 200 espaces objets connectés dédiés à la santé, avec une gamme de produits adaptée à ces canaux-là, et des outils de formation pour les pharmaciens. Les premiers retours sont satisfaisants. Plusieurs centaines de pharmacies veulent ouvrir des espaces. Nous sommes dans une ère de la segmentation de l’offre en fonction des canaux de distribution. Il ne faut pas chercher à vouloir tout vendre partout. Nous faisons un vrai travail d’analyse des canaux de distribution pour chacun des objets connecté que nous commercialisons. Nous avons de plus en plus de canaux de distribution dans le domaine du sport. Il y a des produits autour du bien-être et de la santé. Les montres GPS de sport sont développées dans des canaux très spécialisés sport.

 


 « Nous sommes dans une ère de la segmentation de l’offre en fonction des canaux de distribution. Il ne faut pas chercher à vouloir tout vendre partout. Nous faisons un vrai travail d’analyse des canaux de distribution pour chacun des objets connecté que nous commercialisons »

 

 

Comment évolue Lick ? Selon certains concurrents, vos magasins perdraient de l’argent…

Ils en savent plus que moi, alors ! (rires) Lick est un concept store avec un but : proposer une expertise pour mieux d’accompagner nos clients B2B dans l’évolution de l’offre autour des produits connectés. Aujourd’hui, Lick, est un investissement qui n'a pas un objectif à court terme de rentabilité à tout prix. Il nous permet de montrer la capacité d’un distributeur de nouvelle génération à investir pour apporter une expertise à ses clients autour du retail. Nous avons énormément appris sur ces douze derniers mois. Et nous mettons cette expertise à la disposition de nos clients pour qu’ils puissent former leurs propres équipes.

Nous avons plusieurs projets de corners d'objets connectés en cours en France et à l’international. D’ailleurs, certains opérateurs nous ont demandé de les accompagner sur ce sujet. En Israël, nous travaillons avec l’opérateur Hot (propriété de Patrick Drahi, patron d’Altice). Nous avons ouvert les premiers corners cet été. Six autres espaces vont suivre. Il y a beaucoup de demandes à l’international pour répliquer notre vision des concepts stores autour des objets connectés. Nous sommes sur un marché ou l’expérience en magasin doit être réinventée. A la fin de l’année, nous allons faire évoluer ces concepts de merchandising. Nous aurons beaucoup appris sur la manière de théâtraliser les univers des objets connectés. Il y aura une V2 de la boutique en début de l’année 2016.

 

Les consommateurs se manifestent-ils sur ces sujets ?

Certains consommateurs veulent devenir acteurs, on parle des makers. Les consommateurs veulent co-créer et nous les accompagnons dans la sélection. Il y a un vrai attrait du public.

Nous avons également mis en place le Connect Day, autour de la distribution 2.0 des produits connectés. Nous avons réuni un grand nombre d’acteurs du marché : plus de 70 marques, un village French Tech et plus de 600 participants. Nous voulons justement faire de la pédagogie sur la distribution de ces nouveaux produits. Avec un digital store, nous avons proposé des solutions extrêmement innovantes pour accompagner la digitalisation des magasins. Nous avons présenté des solutions très automatisées, qui font du réapprovisionnement dans les magasins en temps réel et travaillent sur des planogrammes afin d’améliorer la performance des boutiques. Ce sont des offres que nous déployons avec un grand succès chez plusieurs clients.

 

Vous venez de lever 24 millions d’euros. Que comptez-vous en faire ?

Cette somme nous permettra de nous développer à l’international et de répliquer le modèle de distributeur 2.0 dans le monde entier. Nous allons le déployer en Espagne. Nous sommes déjà présents dans ce pays avec Ascendeo. Bien sûr, il reste encore de nombreux investissements à faire en France pour développer cette expérience.

 

Pouvez-vous nous dire un mot sur la plate-forme startup market.io ?

Il s’agit de la première plate-forme digitale de distribution des startups d’objets connectés auprès des distributeurs. Elle a pour objectif de faciliter l’accès à la distribution aux jeunes startups. Il y a beaucoup de choses qui sont faites pour la création et le développement des produits. L’idée, c’est d’aller sur la phase d’après, donc de les accompagner commercialement sur la distribution de leurs produits en France et à l’international. Nous avons imaginé cette plate-forme qui donne la possibilité de créer une boutique en ligne en marque blanche. Les distributeurs qui souhaitent disposer de cette offre pourront avoir l’ensemble des produits connectés French Tech et pourront s’appuyer sur l’ensemble de notre back office en termes de stock, de flux et de logistique. Ainsi, ils ne prendront pas de risque. C’est une manière d’amorcer la distribution de ces produits. En fonction du succès qu’ils vont rencontrer sur la partie digitale via cette offre en marque blanche, ils pourront décider de référencer physiquement les produits dans leur boutique. Dès l’annonce de la plate-forme, plus d’une vingtaine de startups se sont inscrites. Pour les distributeurs, elle sera ouverte commercialement en octobre prochain. De nombreux distributeurs et opérateurs se sont manifestés pour accompagner la plate-forme dès son lancement.

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