mercredi, 26 octobre 2016 18:10

« Permettons aux opérateurs alternatifs d’exister sur le marché de la fibre »

Écrit par  Thomas Pagbe
Alexandre Nicaise, p-dg d’Alphalink Alexandre Nicaise, p-dg d’Alphalink © Jim Wallace

INTERVIEW. A l’origine, avec Sewan et Nerim, d’une lettre à destination de l’Arcep, Alexandre Nicaise, le p-dg d’Alphalink, entend rappeler l’importance sur le marché entreprises des opérateurs alternatifs.

 

Vous avez avant les vacances adressées un courrier à l’Arcep, en compagnie de Sewan et Nerim. Pourquoi quelle raison ?

Pour nous, il y a un véritable enjeu sur le FTTH. On s’aperçoit que l’Arcep [le régulateur des télécoms, ndr] a d’ores et déjà pris position sur le FTTH. Elle consiste à faire émerger un troisième opérateur d’infrastructure. Nous pensons avec Nerim et Sewan, qu’avant de faire émerger un troisième opérateur d’infrastructure, il serait bon que le régulateur joue son rôle et permette à l’ensemble des opérateurs alternatif d’avoir accès aux infrastructures en fibre optique. Pour rappel, Orange a accepté d’ouvrir son réseau FTTF sur un mode non activé. C’est-à-dire qu’il donne accès à son infrastructure sans allumer d’équipement actif.


Cet accès n’est-il pas suffisant ?

Pour un opérateur alternatif, cela signifie qu’il faut activer quelques milliers de NRO, cela représente un investissement colossal. On se dit que plutôt que d’investir dans l’infrastructure qui va être redondante, imaginons si Sewan monte son réseau et que Nerim en fait autant, on va investir tous les trois dans les mêmes zones, dans les zones très denses et de fait, nous allons ralentir l’adoption de la fibre sur le marché.


Avez-vous obtenu une réponse de l’Arcep ?

Aucune pour le moment. Nous pensons que cette première lettre constitue le prélude vers d’autres actions.


Considérez-vous que l’Arcep affiche un manque de considération pour les opérateurs alternatifs ?

L’Arcep a mis en place un certain nombre d’outils comme des réunions multilatérales pour entendre l’ensemble des opérateurs. La démarche du régulateur auprès du marché grand public devra être  adaptée au marché de l’entreprise. Ces deux marchés sont très différents. Les opérateurs dédiés au grand public se réduisent à peau de chagrin. Une fois retiré les quatre opérateurs grand public, il ne reste plus grand monde. Sur le marché des entreprises, la  situation est très différente. Il s’agit d’un marché très large, avec beaucoup d’acteurs avec des attentes très fortes. Ils ont globalement tous une attente commune : investir dans la fibre et faire migrer leur client du cuivre vers la fibre. Les plus petits opérateurs, comme Alphalink, ont une attente forte du régulateur. L’Arcep pourrait bien s’inspirer de qui a été fait sur le marché du cuivre. A l’époque, l’Arcep a contraint l’opérateur historique à ouvrir son réseau cuivre aux opérateurs alternatifs. Enormément d’opérateurs se sont lancés il y eu des Neuf, des Cegetel et j’en passe. 10 ans après, le marché a connu une énorme concentration. Sur le marché entreprises, il existe un quasi duopole. Nous ne voulons pas que l’Arcep, refasse la même erreur. Permettons aux opérateurs alternatifs d’exister sur ce marché en leur donnant accès à une offre activée. C’est maintenant que se joue la prise de part de marché et pas dans deux ou cinq ans. La démarche de l’Arcep tend à permettre à ces opérateurs pour les entreprises à avoir accès aux réseaux au plus tôt. Orange a annoncé l’arrêt de son réseau commuté. Il va y avoir une bataille féroce qui est déjà lancée et qui consiste à migrer petit à petit – nous sommes dans les télécoms, les migrations prennent du temps- de ce parc cuivre vers l’IP. Empêcher les opérateurs d’entreprises d’avoir accès à la fibre, c’est, quelque part, entraver leur potentiel sur ce marché.


Les réseaux d’initiative publics construisent de plus en plus de réseaux. Pourquoi ne pas vous tournez vers elles pour répondre en partie à vos besoins ?

Les réseaux d’initiative publique (RIP) et les délégations de service public (DSP) sont des partenaires de référence chez nous. Nous sommes interconnectés avec les principales DSP. Tous les mois nous rajoutons de nouveaux RIP à notre catalogue et nous avons une démarche volontaire vis-à-vis des RIP. Nous allons permettre à l’ensemble du marché de trouver un point de concentration, un point d’agrégation de l’ensemble des RIP, pour permettre à un opérateur de proximité de Marseille d’aller chercher du FTTH aussi bien Lille, à Strasbourg ou en Bretagne. Les RIP sont des partenaires modernes et de croissance.


Récemment, vous avez indiqué, lors d’une interview que le FTTH n’était pas un produit miracle. Beaucoup d’opérateurs prétendent pourtant que l’avenir passe par cette infrastructure.

Il n’y a pas une fibre universelle capable de répondre à tous les besoins. Il y a le FTTH, pour le grand public, le  FTTE (Fiber to the enclosure), pour la PME et l’ETI et le FTTO (Fiber to the office) pour les grandes entreprises. A chaque fois, on retrouve des niveaux d’engagement de service, des conceptions techniques différentes et des usages différents. Le FTTH est un produit à l’origine conçu pour le grand public avec des contraintes de services qui peuvent être parfois incompatibles avec les besoins d’une entreprise. Imaginez une PME qui ne peut pas faire sa déclaration de TVA en ligne en raison d’un coup de pelleteuse sur sa fibre, cela risque d’être embêtant. De plus, il y a de vrais amalgames qui sont fait avec le câble coaxial. En disant cela, je voulais juste rappeler à l’utilisateur final qui se devait d’être surtout à l’heure où la notion de fibre est utilisée à tort et à travers.


Existe-t-il encore, selon vous, des flous entretenus sur la notion même de fibre ?

Lorsque l’on discute avec nos clients, les opérateurs de proximité, ils disent qu’à besoin égal, des opérateurs répondront aussi bien en FTTH que d’autres en FTTB. Sur cette notion de fibre, c’est à nous, opérateurs d’entreprises, d’être pédagogues, sans rentrer dans des détails extrêmes mais d’expliquer aux clients quelles sont les différences, pour qu’ils puissent bien comprendre ce pour quoi ils paient.

 

Vos partenaires, justement, pensez-vous qu’ils doivent forcément se transformer pour survivre ? Quel rôle une entreprise comme Alphalink peut jouer dans cette évolution du rôle des intégrateurs ?

Les partenaires avec lesquels nous travaillons, on tout une point commun : ils ont une force de proximité et ils savent développer leur propre valeur ajouté. Ils n’ont pas attendu Alphalink pour exister et pour développer leur modèle d’affaires. Ce qu’ils viennent chercher chez nous, c’est une facilité d’accès aux produits télécoms, à la data, au cloud, à voix au mobile. Ils viennent chercher chez nous une agrégation service. De ce fait, En 15 jours, 3 semaines ou un mois, ils pourront récupérer un accès à l’ensemble des réseaux RIP sur lesquels Alphalink. Eux, ça leur permet de se concentrer sur leur valeur ajoutée, sur les usages professionnels. Fournir un service télécom, pour nous, ce n’est pas uniquement apporter une collecte et une prise réseau mais c’est délivrer tout un accompagnement sur le business, sur le recentrage marketing, la mise en place d’infrastructure technique ainsi qu’un cadre légal et un système d’information.


Vous avez fêté, il y a quelques mois les 10 ans de Resadia. Ce type de structure préfigure-t-il le futur des intégrateurs ?

Resadia est une belle réussite. Réunir des téléphonistes, des gens de l’informatique pour en faire un groupement c’est un vrai succès. Sur le devenir du marché des opérateurs de proximité, l’enjeu n’est tant d’être la grenouille qui veut ressembler au bœuf mais plus d’obtenir l’agilité qui va permettre de développer de nouveaux usages innovants et d’accompagner ces entreprises dans leur transformation digitale. C’est un peu le terme à la mode en ce moment, je le reconnais. On s’aperçoit que beaucoup de filières réfléchissent à la manière de moderniser leur modèle d’affaires. Cette modélisation du modèle d’affaires passe résolument par une infrastructure agile. Les opérateurs de proximité apportent cette agilité.


Quels vont être vos pistes de travail au cours de ces prochains mois ?

Nous allons continuer à raccorder les RIP, continué à enrichir et consolider nos positions sur le marché de fibre. On a un vrai sujet sur l’arrêt du service commuté d’Orange. Nous sommes en train de travailler sur offres novatrices et économiquement plus agressives. Sur tout le système d’information notre réseau de partenaires. Nous développons un modeleur d’offres marketing qui permettra, très en amont,  à nos partenaire de déployer leur nouvelles offres convergentes qui comprendront du fixe, mobile et cloud. Ils pourront modéliser et décliner leurs offre jusqu’à la facturation. Avec pour objectif, d’être capable de développer une nouvelle offre en quelques heures. Nous travaillons aussi sur une nouvelle offre mobile. Avec ce nouveau service, nous essaierons de redistribuer davantage de valeur ajoutée à nos partenaires.


Pensez-vous à réaliser des opérations de croissance externe ?

Traditionnellement, nous sommes très croissance organique. Aujourd’hui, nous discutons avec un certain nombre d’acteurs sur opération de croissance en 2017. Nous ne voulons pas aller chercher du chiffre d’affaires pour du chiffre d’affaire. Nous avons en tête un objectif industriel.

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