mercredi, 15 juin 2016 17:44

« Rapprocher Completel, SFR Business Team, Telindus et Future nous a permis de gagner en parts de marché »

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Guillaume de Lavallade, directeur executif de SFR Business Guillaume de Lavallade, directeur executif de SFR Business

INTERVIEW. Constitué à partir des actifs de Completel, Telindus ou Futur, SFR Business (filiale d’Altice au même titre que le Journal des télécoms) veut rassurer ses clients actuels et continuer à en séduire de nouveaux. Guillaume de Lavallade, directeur executif de SFR Business livre quelques éléments sur la stratégie de l'entreprise.

JDT : Le rapprochement entre Orange et Bouygues Telecom et donc, entre OBS et Bouygues Telecom entreprise n’aura pas lieu. L’échec de cette opérations vous-a-t-il soulagé ?

Guillaume de Lavallade : Cela ne nous a ni rassuré ni inquiété. Nous sommes suffisamment forts pour tracer notre chemin quoi qu’il arrive. Sur le front concurrentiel, un accord entre les deux opérateurs aurait effectivement donné naissance à un animal imposant. Le régulateur est là pour ramener les choses à des proportions normales. A partir du moment où nous sommes en mesure d’investir sur la fibre optique et sur la 4G, notre vocation est de servir nos clients.  

L’hémorragie de clients, évoquées par plusieurs sources au cours de ces derniers mois, est-elle arrêtée ?
Il n’y pas eu d’hémorragie de clients. Il y a eu des pertes et des gains de clients, ce qui est normal dans un marché entreprises au sein duquel les appels d’offre, qui reviennent avec des récurrences régulières, entraînent des gains et des pertes de clients.

Rassemblée sous une seule ombrelle plusieurs groupes vous va-t-il permis de rassurer vos clients et d’inverser la vapeur ?
A chaque fois qu’une opération capitalistique se produit, les entreprises clientes peuvent être inquiètes car elles ont besoin pérennité et de durée. Elles ont besoin que leur fournisseur, en particulier dans le marché des télécoms, continuent à investir. Le rapprochement tel qu’on a pu le connaître en novembre 2014, a été propice à un certain nombre d’inquiétudes. J’ai le sentiment, depuis mi-2015, que ces inquiétudes sont derrière nous.

Les relations avec les fournisseurs sont-elles apaisées ? Il y a encore quelques mois, certains fournisseurs attendaient encore d’être payés…
La situation que vous décrivez correspondait à la séquence rapprochement entre SFR et Numericable. Vous aviez, je pourrais dire, un fournisseur de bouteilles d’eau à droite, un fournisseur de bouteille d’eau à gauche. Pour des raisons de simplicité et d’efficacité, vous n’en gardez qu’un seul. Dire que les négociations ont été rugueuses, certainement. Même les fournisseurs, avec lesquelles les conversations ont été rugueuses, nous sommes revenus dans des relations normales et sereines. Aujourd’hui, tout cela appartient au passé.


Quel est la part de marché du nouvel ensemble, SFR Business ?
Notre part de marché se stabilise à un peu plus de 20% dans un marché encore dominé à près de 70% par l’opérateur historique. Si vous regardez un peu partout en Europe, il y a assez peu de marchés où l’opérateur historique est encore aussi imposant. Le rapprochement des différentes entités que sont Completel, SFR Business Team, Telindus et Future nous a permis de faire croître cette part de marché. Ce rapprochement s’est également avéré payant au niveau de la couverture du réseau. Quand on met bout à bout les deux réseaux fibre de SFR et de Completel, il est possible de raccorder une entreprise sur deux en France. Le fait d’être plus gros nous permet d’investir d’avantage sur notre réseau.

La fibre optique reste chère pour certaines entreprises. L’Arcep veut baisser ce plafond qui empêche certaines entreprises d’accéder à la fibre. Quelle approche comptez-vous adopter pour faciliter l’accès des entreprises au très haut débit fixe ?
Comme sur le grand public, la fibre optique va aider à transformer un certain nombre de métiers dans beaucoup d’entreprise. Sur la question du prix d’une liaison à la fibre optique, toutes les entreprises ne disposent pas des mêmes moyens. Les PME qui ne peuvent pas se permettre de dépenser 1000 euros par mois pour un abonnement à une connexion très haut débit. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de lancer pour toutes les entreprises, pour les zones d’activité, une nouvelle offre, qui se différencie de tout ce que l’on peut avoir sur les technologies DSL. Cette offre s’appelle Connect Entrepreneurs. Elle présente un débit garanti de 50 Mbit/s et une garantie de temps de rétablissement. C’est aussi une grosse attente des entreprises. Trop souvent, les entreprises, dans leur business, sont dépendantes de ressources qu’elles n’ont pas forcément perçues comme critiques. Une entreprise habituée à travailler avec une connexion fibre optique et qui la perd se retrouve au chômage technique. Elle ne peut pas servir ses clients. La garantie de temps de rétablissement est extrêmement importante pour les entreprises. En termes de prix, nous lançons cette offre à 299 euros HT par mois.


Avec un tel prix, où vous situez vous par rapport aux tarifs pratiqués par vos concurrents ?
Nous sommes inférieurs à la moyenne des prix sur le marché. Je vous invite à regarder les prix, notamment ceux mentionnés par le président de l’Arcep.


Combien comptez-vous de clients pour vos offres fibre ?
Nous comptons quelques dizaines de milliers d’entreprises raccordées sur notre réseau. Plusieurs centaines de milliers d’entreprises sont raccordables.


Il y a quelques semaines, vous avez présenté votre stratégie en matière d’objets connectés. Vous avez choisi de travailler avec Sigfox. Pourquoi ?
Il faut préciser plusieurs choses. Cette démarche, concernant l’internet des objets, n’est pas seulement celle de SFR Business mais celle de tout le groupe Altice pour tous les business entreprises des différents pays. C’est une démarche menée en étroite collaboration avec Portugal telecom et Altice labs, un réseau de centres de recherche déployés dans les différents pays où nous sommes présents. En fait, nous fournissons depuis longtemps à partir de nos réseaux 2G et 3G des services à destinations des objets communicants. Nous appelions cette activité machine-to-machine mais aujourd’hui, on parle davantage d’internet des objets. Nous avons déployé plusieurs millions de cartes SIM dans différentes entreprise. Il était important de compléter cette offre 2G et 3G avec de la technologie à bas débit et à basse puissance. La démarche menée avec Altice Labs a consisté à tester les technologies existantes à l’échelle d’une ville, nous avons regardé au Portugal, quel était la technologie la plus complémentaire du réseau cellulaire. L’emprunte Sigfox est ressortie comme étant la plus complémentaire de nos réseaux 2G et 3G. Pouvoir proposer plusieurs technologies permettra de mieux répondre aux demandes de nos clients. C’est important d’avoir cette complémentarité. Il ne s’agit pas d’opposer les technologies. Je prends un exemple. Dans un camion, dans la cabine du conducteur il y aura un modem 3G, chargé de remonter les informations sur tournées et les temps de conduite. Dans ce cas, vous avez besoin de débit et de la puissance fournie par la batterie du camion. Sur des palettes, il n’est pas possible d’installer un modem 3G/4G. Si vous êtes sur un parking d’autoroute et qu’une personne malintentionnée vous vole quelques palettes, vous savez où elles sont. Pour la logistique, avoir une plateforme qui consolide la remontée d’information cellulaire et du réseau de Sigfox. Par ailleurs, Sigfox dispose d’un réseau déjà opérationnel. Cela nous permet de faire du business dès cette année. Dans les régions où Sigfox n’est pas déployé, nous allons pouvoir aider à développer le réseau. C’est l’un des autres avantages de cette démarche.


En tout début d’année, vous avez mis la main sur Numergy. Comment avez-vous réorganisé votre activité cloud suite à cette acquisition ?
Sur la partie cloud, nous avons réorganisé Nous avons réorganisé les différentes équipes issues de ces différentes entités. Beaucoup de nos clients ont installé chez eux un certain nombre de serveurs et de centres de données. Dans pas mal de cas de figure, nous opérons les serveurs chez nos clients, et nous proposons des extensions de capacité de machines virtuelles dans nos datacenters. Nous proposons également des Plan de Reprise d’Activité (PRA). Notre force c’est être capable d’assurer la continuité d’exécution dans nos datacenter et sur les sites de nos clients. Avec Numergy, nous nous tournons franchement vers la technologie Open Stack. Numergy dispose d’un réel savoir-faire sur ce standard. Nous sommes persuadés que ce sera une des briques incontournables pour avoir une solution cloud tout-terrain et multi-technologie.

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