jeudi, 15 octobre 2015 14:51

La 4G, une arme de choix pour Bouygues Telecom Entreprises

Écrit par 
Thierry Labbé, directeur général du marché entreprises chez Bouygues Telecom Thierry Labbé, directeur général du marché entreprises chez Bouygues Telecom

INTERVIEW. Malgré l’existence de deux colosses sur son segment, Bouygues Telecom Entreprises poursuit sa croissance en se reposant, notamment sur son infrastructure mobile et sur ses offres 4G.

 

Comment se porte Bouygues Telecom Entreprises ?

J'en ai pris la direction depuis le 1 er janvier 2014. C’est une activité qui a toujours bien fonctionné. Elle fonctionne encore mieux aujourd’hui. Nous gagnons beaucoup de clients dans le domaine de la mobilité. Nous enregistrons une forte croissance de notre parc mobile et nous connaissons aussi une forte croissance sur notre partie fixe. Sur le plan commercial et sur le plan financier, Bouygues Telecom Entreprises n’a pas subi le tsunami du premier trimestre 2012 qu’était l’arrivée de Free Mobile dans le marché des offres mobiles grand public.

Qu’est ce qui tire ce marché de la mobilité entreprises ? La 4G en est-elle le moteur ?

Dans toutes les entreprises, nous voyons des flottes de mobiles qui grandissent. De plus en plus de gens sont équipés en smartphones et un nombre croissant d'applications métier est embarqué sur ces smartphones. Ces applications critiques deviennent essentielles pour le développement de l’entreprise, pour sa qualité de service et sa différenciation. La 4G est un élément bien sûr essentiel. Dans le grand public, si la 4G ne fonctionne pas parfaitement, c’est un peu gênant, mais pas plus que cela. En entreprise, s’il y a une instabilité du réseau et une lenteur des débits, c’est vraiment dommageable.

On voit qu’une partie de l’attractivité des offres 4G grand public est basée sur des services additionnels (Deezer, Coyote, etc). La situation est-elle semblable sur le marché entreprises ?

Contrairement aux offres pour le grand public, où, par exemple, des services musicaux peuvent être proposés, ce n’est pas le cas sur le marché entreprises. Les applications métier embarquées sur smartphones sont une tendance lourde. Je vous cite un exemple : la transformation du métier de facteur à La Poste. C’est un très beau projet qui s’appelle Facteo. La Poste est confrontée au problème de la baisse de volume du courrier. Ils se sont demandé comment nous pouvions aider à transformer l’entreprise de manière à contrecarrer cette baisse. Il y a 90 000 facteurs en France qui ont la confiance des Français. Ils peuvent entrer dans les domiciles assez facilement. Il y a environ deux ans, ils ont imaginé la transformation du métier de facteur en lui permettant de rendre un certain nombre de services grâce à des applications métier embarquées sur son smartphone. Aujourd’hui,  80 000 facteurs peuvent rendre des services qu’ils ne pouvaient pas rendre et ils peuvent les facturer. Dans le métier des techniciens de maintenance, des flottes de techniciens ont des smartphones avec des applications métier embarquées. Il y a des flottes importantes dans le domaine des commerciaux. Ils sont capables de consulter leurs stocks et de faire des devis en mobilité. Ce qui n’était pas possible avant sans la 4G. C’est toute la partie des applications métier qui se développe très vite. Il y aussi toute la partie Mobile Device Management (MDM). Ces services permettent aux gestionnaires de flottes et aux directeurs télécoms d'attribuer des droits différenciés aux utilisateurs, par type de profil et par pays, que ce soit pour les services voix ou data.

Sur le marché entreprises, existe-t-il une bataille de prix concernant les offres 4G ?

Je mentirai si je disais qu’une telle bataille n’existe pas. La qualité de notre 4G, qui est reconnue, et son débit, font que l’érosion des prix est moins forte et moins rapide chez Bouygues Telecom. Il est certain que cela nous a permis de réduire la vitesse de décroissance de l’ARPU (dépense moyenne par utilisateur) et des tarifs, et même de la stabiliser. Lorsque nous faisons nos projections pour 2016, nous ne prévoyons pas de baisse d’ARPU. La situation est moins féroce que sur la partie grand public, parce la qualité de service encore plus importante dans l’entreprise. Quand on ramène les prix des offres voix illimitée ou data, à la perte de productivité d’un cadre, ce n’est rien du tout. Donc, les entreprises sont encore plus sensibles à la qualité de service et à la réactivité qu’à quelques dizaine d’euros.

Vous vous êtes également positionnés sur les services fixes sur la 4G. Combien de clients comptez-vous sur cette offre ? Le concept est-il bien compris ?

On a déjà des milliers de clients. Les gens adorent. C’est une solution simple et rapide à mettre en place. Elle permet de se substituer, dans certains cas, à des solutions fixes plus onéreuses, plus lentes et plus compliquées à mettre en œuvre. Nous sommes, aujourd’hui, les seuls, pratiquement, à être très actifs sur marché. D’un côté, Orange a une empreinte sur l’ensemble du territoire, il gagne de l’argent sur le fixe. Il n’a pas envie de déployer des solutions mobiles qui l'amèneraient à détruire de la valeur. Numericable-SFR n’a pas la meilleure empreinte 4G du marché. Nous sommes les seuls à avoir une bonne qualité de service et notre petite empreinte sur le fixe nous permet de jouer cette alternative à fond. Cette offre est particulièrement intéressante pour les réseaux d’agences, de succursales, et pour toutes les opérations événementielles telles qu’une exposition, un chantier ou une foire où on a rapidement besoin d’un accès internet pour distribuer du WiFi.
 
SFR Business vient d’être créée. La structure regroupe SFR Business Team, Completel et Telindus. Entre SFR Business et Orange Business Services, quelle espace reste-t-il pour Bouygues Telecom Entreprises ?

Nous estimons que nous sommes pratiquement en situation de duopole. Il y a d’un côté Orange, qui représente à peu près 70 % du marché entreprises. De l’autre côté, il y a un nouveau SFR Business en cours de construction. La route est longue pour intégrer et faire travailler les gens ensemble. Cet ensemble représente 25 % du marché entreprises. Deux acteurs représentent 95 % du marché. Nous estimons notre part de marché dans le fixe à 2 %. Nous estimons que cette situation, pas très bonne du pont de vue règlementaire, est intéressante pour nous. Le fait que Numericable ait racheté SFR et agrège Completel dans son nouvel ensemble déplait aux clients. Les clients n’aiment pas être dans un duopole. Nous sommes de plus en plus consultés actuellement du fait de la disparition d’un acteur qui était Completel.

 

« Nous estimons que nous sommes pratiquement en situation de duopole. Il y a d’un côté Orange, qui représente à peu près 70 % du marché entreprises. De l’autre côté, il y a un nouveau SFR Business en cours de construction. Nous estimons que cette situation, pas très bonne du pont de vue règlementaire, est intéressante pour nous ».

 

Face à cette situation de duopole que vous décrivez, imaginez-vous un recours légal ?

Non, mais nous rencontrons régulièrement l’Arcep. Ils connaissent la situation. Le président de l’Arcep, monsieur Soriano disait qu’il ignorait si le bon modèle reposait sur trois ou quatre opérateurs. Mais par contre, il sait que le mauvais modèle c’est deux opérateurs. Si on prend cette partie du marché, entreprise et fixe, on est dans le duopole.

Numergy est à vendre. Seriez-vous intéressés ?

Nous sommes intéressés par les services hébergés d’IPBX et d’autocoms hébergé. Pour nous, il y a une vraie tendance. Racheter Numergy non. Nous sommes intéressés par ce marché de prestations autour du cloud. En fait, nous sommes sur un modèle d’entreprise étendue. Nous sommes petits et nous n’avons pas de gros moyens. Nous sommes plus dans une approche de partenariat, d’écosystème autour de nous de manière à travailler avec des partenaires comme HubOne, NextiraOne ou comme Citrix et Fortinet. En fait, toutes ces sociétés gravitent autour de nous, car elles voient qu’un acteur comme Orange est capable de faire presque tout de bout en bout. Le SFR de demain, s’il réussit, pourra peut-être reproduire cette capacité de bout en bout qu’a Orange aujourd’hui. Toutes ces sociétés perçoivent ces deux mastodontes comme des concurrents réels et sérieux. On sent un accueil favorable à cette politique que nous avons mis en place il y a environ un an. Nous voulons construire un écosystème par type de service où nous essayons de référencer un ou deux partenaires avec lesquels nous travaillons de plus en plus.

Avez-vous un premier retour sur la coentreprise montée avec Telefonica. L’entreprise est-elle fonctionnelle ? Avez-vous déjà des premiers retours ?

En fait, avec Telefonica, nous étions « fiancés » depuis deux ans. La création de la coentreprise, Telefonica Global Solutions France est venu formaliser notre relation opérationnelle en juin dernier avec une entité légale. Nous avons gagné plusieurs clients internationaux grâce à Telefonica et Telefonica a attiré de nouveaux clients en France grâce à nous. Parmi ces clients ont peut citer Valeo, Capgemini, EMC, Novartis ou encore Dalkia. Il y a nombreux clients dont les appels offres sont globaux que nous n’aurions pas gagné sans l’aide Telefonica.  Grâce à ce partenariat, nous pouvons exporter ce que nous faisons dans les autres pays et Telefonica peut faire de même.

Quels sont les sujets sur lesquels vous allez vous concentrer dans les prochains mois ?

Nous allons intensifier l’écosystème dont j’ai fait mention avant. Par ailleurs, nous avons une empreinte commerciale trop petite dans la partie vente indirecte. Notre réseau de partenaires est bon, mais trop petit financièrement et en termes d’effectifs sur le terrain. Nous sommes en train de recruter des revendeurs et des intégrateurs qui commercialisent nos offres mobiles et fixes.
Dans le FTTH, nous allons aussi profiter des investissements de l’entité grand public du groupe, notamment en milieu urbain. Nous allons exploiter ces prises pour offrir nos services aux entreprises de petite taille. Nous voulons aussi développer nos services en matière de telco-gérence et de MDM.

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